Meix-devant-Virton, à travers les villages et hameaux disparus

Durant sa période hivernale, le Musée laisse la parole à divers témoins de Gaume pour évoquer un lieu, un monument, un personnage, une activité, une anecdote locale dans chacune de nos 10 communes. Chaque semaine, la plume est donnée à l’un de nos correspondants locaux.

Cette semaine, c’est Karl Goffinet qui nous parle de Meix-devant-Virton : A travers les villages et hameaux disparus de Meix-devant-Virton.

Pour construire une maison, il faut un terrain en zone à bâtir. C’est le plan de secteur qui a cartographié ces zones, entre 1977-1987, sur base des zones habitées à ce moment-là. Il existe pourtant sur le territoire communal un nombre important d’anciens villages et hameaux ayant disparus sans laisser de trace. Petit tour d’horizon de ces champs et bois qui abritaient jadis des communautés villageoises.

Au nord-est de Gérouville se trouve la ferme de Luz. Autrefois, c’était un petit village prospère avec sa seigneurie et son église Saint-Sylvestre. Les archives anciennes nous apprennent que Jean de LUZ, seigneur du lieu, est alors chevalier et bailli du comté de Chiny. Également sous la coupe de l’abbaye d’Orval, l’église paroissiale est restaurée en 1310. Au 16ème siècle, le village est ravagé par la peste, les guerres et les pillages. La population a considérablement chuté et le village est abandonné. Les survivants s’installèrent à Gérouville. Il est probable que les habitants de Gérouville se soient servis des ruines comme carrière à ciel ouvert pendant les années qui suivirent.

Il n’y a pas que Luz qui ait disparu autour de Gérouville. Ce village a été créé par les moines d’Orval, sur un ancien village nommé Géronsart. Afin de gonfler sa population, les localités voisines de Nésonsart, les Mortshommes et Saint-Coweit ont été abandonnées. Le village de Géronsart, devenu Gérousart, puis Gérouville, occupait l’actuelle place de l’église. Nésonsart, aujourd’hui un bois, était situé à environs 2-3 km au nord-est de Gérouville. Saint-Coweit était situé à 2 km au sud et les Mortshommes au sud-ouest.

A Sommethonne, Yvan Baudson et Michel Peltgen avancent l’hypothèse d’un village plus ancien, situé au lieu-dit Nordrechamp et appelé alors « Thona ». Il aurait possédé une église très ancienne. A l’emplacement actuel du cimetière, une église a été bâtie aux 12-13ème siècles et a été déplacée au 20ème siècle. Ce site aurait servi de château, dominant deux axes routiers importants. Ces mêmes auteurs suggèrent que les pierres du cimetière, dont certaines montrent des traces d’un incendie, auraient été récupérées sur le château à l’origine. Il est intéressant de noter que, lors du déplacement du village au 12ème siècle, l’on adjoindra le préfix « Sume » (Somme) à « Thona » (Thonne) ce qui donne la forme actuelle du nom du village.

Les hameaux de la Soye et Berchiwé sont toujours habités, mais dans des proportions moindres qu’autrefois. Ces sites fourmillaient d’activité jusqu’au 19ème siècle. C’est le cas de la Soye où se trouvait un château ainsi que de nombreuses industries comme la forge, platinerie, moulin, brasserie,… Le paysage ne saurait être complet sans mentionner les nombreuses censes (grosses fermes isolées appartenant à un seigneur) : Grihire, Les Hayons, le Verly,…

Enfin, il est important de mentionner la présence de nombreuses villas gallo-romaines sur le territoire de la commune de Meix-devant-Virton, notamment à Robelmont et Sommethonne. Ces domaines agricoles isolés ont dû drainer toute une main d’œuvre locale en ces temps anciens.

Karl Goffinet

Illustration : Sommethonne, ancienne église, vers 1900

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